En vue de quelque chose qui ne s'écrira pas - Régis Guigand
 [un écho ici]

 

Cette envie de faire l’amour.
Je me suis décidé à faire l’amour au monde entier. Je fais l’amour au monde
Mon banquier / ma conseillère Pôle Emploi / mon agent d’assurance } ceux-là aussi je leur fais l’amour
Ils font partie du monde.
Le Président de la République.
L’autre avec sa machette.
Acheter enveloppe de couette
J’ai acheté un drap housse dont je me sers depuis deux mois — je ne l’ai pas encore lavé.
Le corps de l’autre — étrange rapport excrémentiel. Pas de merde, mais quelque chose qui a à voir avec la régénérescence des peaux, cheveux, poils, etc. Et une odeur, proche du ferment mais insupportable.
>cette manie qu’ont les gens de se parfumer.

Il tremblait encore. L’alcool lui sortait par les pores. Le visage englué dans cette indescriptible moiteur. Et cette odeur qui courait à chacun de ses mouvements.
L’alcoolique / le trop parfumé
L’entêtement de l’un comme l’autre à toujours avoir raison et à dénigrer les autres “Ah ! tu ne t’es pas lavé depuis deux jours, beurk !”
>l’hôpital qui se fout de la charité pour exemple
≠ le besoin naturel, le musc, l’odeur de ton cul.
“…poissé dans les draps d’aube fine” comme disait l’autre.

Ouh ! l’eau comme elle est froide
Piscine / étang / rivière / douche

Le corps avec maints imperfections qui apparaissent chaque jour, comme les premiers signes d’une fin prochaine.

Mars Attack à la télévision ah ! ah ! qu’est-ce qu’on a bien ri. Cloué dans le fauteuil (flasque et fondu) quand bien même le téléviseur explose
(mon sexe pénétrant la télé, fourré dans le cul des stars que j’aime.
Cette colère qui fait que je danse dans la rue devant la colonne de CRS.
> prendre la lacrymo, la porter au visage et respirer profondément.
Narguilé = fous-moi ton pistolet dans le cul
Que
Des mots sauvages à l’adresse de celui qui renâcle, qui prend peur, de celui qui refuse, qui reste sourd aveugle, celui qui se tait.
(il pense qu’il n’a plus peur, plus peur et c’est formidable)
faire l’amour avec tous
le monde se compose de

tous ces gens qui te défient du regard comme si tu leur en voulais, comme si  tu allais leur sauter à la gorge — Absurde.
Quelque chose qui fuit vers un point inlocalisable dans mon corps et que les journaux
Médias / télé / ils / on
S’obstine-nt à taire
Toujours devoir mettre les mots sur la pensée (= en référence
>au livre
>au postulat
>à la loile savoir vivre
et passer un coup de téléphone portable
à la police parce que
l’autre dérange ma vie
/irrite
alors que c’est si simple l’amour.

Combien pour ces belles pommes ?
Et puis trop chères en comparaison de…
La télévision fait des propositions intéressantes
Ça me gratte le cul.

Je déchire un billet de vingt, je le regarde glisser dans le caniveau.
Le caniveau où pissent les cloches de mon quartier,
Avec leurs clébards
Sac en plastique / odeur de pâtée qui pue / vêtement noirci par la crasse
}je fais l’amour avec eux aussi

clochard< >clébard
anthropomorphisme< >cinomorphisme

L’amour avec leur sexe qui pue, rougi, mycosé
Une chaise roulante pour mon handicap invisible s.v.p.
=l’alcoolique qui dit qu’il n’est pas alcoolique
(le menteur « je ne mens pas »)
Faire l’amour avec tous ceux-là aussi ?

Ton sexe abîmé et l’odeur de tes tripes. En présence de ton corps, l’odeur de tes tripes.
{viande froide du poulet mort / vider les viscères d’un canard mort
(froides > impression de mort
(ou chaudes>impression de pénétration sensuelle

Quelque chose de cassé ici = au milieu des rues, des automobiles bien utiles… un rapport au monde bien navrant
L’air de la montagne / le vent sur les marais / la menace dans le sein de la forêt / et l’œil fugace de quelque oiseau qui observe tout cela
>ne cherche pas à comprendre

ouh ! le sommeil.
>en éclair sur un monde vain
>le cou tordu, douloureux, tendu vers la lecture.
Quelle marche ratée dans l’escalier du XVIIIème siècle
À qui la Révolution offrit une rampe
Robespierre / Billaud-Varenne / Cloots / Condorcet / Vergniaud
....................................................................... / Cambacérès ? } désespoir de ne jamais pouvoir leur faire l’amour.
Ce tee-shirt bleu qui est la réalité> présent
Tout ce que mon cul peut contenir.
Stylo / ampoule / carotte / verre / tasse / transistor / presse / automobile
>cachette
un tombeau pour Anatole.
Quoi d’autre
Lieu du plaisir      —     coffre de résistance
<  sens de la vie  >
— c’est par là —
> direction <
Ces litres de sang qui coulent
— et puis un mot pour un autre,
une métaphore.
Et puis tellement dire que…
Dire terriblement, atrocement.
Jusqu’à la perte du sens, c’est évident
> la dent qui crisse / l’œil gêné
(racler la gorge comme pour oublier, gagner une seconde de plus) 
Jésus
Marie
Le nom des 13 12 apôtres : j’en connais que 5
P.L.T.T.S.            =5
L ?                    =4
P                       =5
J ? (acques) (ean)
Ah ! oui  J (uda)=6
Qu’est-ce que j’en ai à faire ?
Qu’est-ce qu’ils ont à voir avec mon amour.
Je me tape sur une fesse en disant « Jacques ! »

Mon squelette mal articulé
Ossement de Lucie / charnier à Timisoara / mon grand-père exhumé (idem son frère)
L’absence de squelette de mon père mort
Le sourire de mon cousin mort
>inaltérable (de siècle en siècle)

une larme qui s’échappe, à trop les retrouver
les morts — inaltérables — de siècle en siècle

chaussure trouée qui prend l’eau
nous ne sommes pas plus gâtés qu’il y a 100 ans, n’est-ce pas.
Individualisme et savoir faire.
Savoir configurer un ordinateur
Savoir cultiver des poireaux
Savoir parler en public
Savoir conduire une voiture
Savoir tuer un poulet
Savoir qu’il n’y a pas de limite à l’univers
Savoir demain.
Croire. (essentiellement vouloir, non ?)
Exemple : l’atrocité du monde à tout vouloir régler par oui ou par non.

Et pour vous ? Qu’est-ce que ce sera ?
Un kilo d’huîtres dans ta gueule
Trois citrons dans ton slip
Le corps avachi dans les draps
Et croire que l’alcool le relèvera / le remuera
Lit / heure / alcool
>chercher à ne plus penser > inquiétude > et bientôt douleur
le sang qui circule à toute berzingue
et quelque part là dedans > l’alcool / les virus / la fatigue
l’inconnue mort qui présente sa trombine à chaque fenêtre
>Un certain style cet immeuble d’ailleurs.
Architecture Louis XV, Directoire, Empire, Restauration, Second Empire, Classique, Art déco, Bauhaus, De Stijl, etc.
Une ville avec à chaque fenêtre la possibilité d’y voir la mort = ton visage
« La mort viendra et elle aura tes yeux »

Les os de la colonne qui se soudent
>perroquets
>le David (de Michel-Ange)
ou quelle autre sculpture
     quel séisme pour la dégringolade
l’effritement de la pierre
des sentiments
des pommes de terre ?
De plus en plus de marbre :
J’observe le temps qui passe,
J’écoute le trottinement des aiguilles } comme un lion dans sa cage
Quelque chose qui ne participe pas de la vie à l’intérieur de moi.

Mon cadavre à sortir
Par la bouche / par les yeux / par les narines / par les oreilles / par l’anus / par le pénis / par le nombril.
> ne pas tailler le nombril dans le marbre s.v.p.
<le cœur qui pousse

l’estomac à la place du cerveau, lequel dans les talons.
Les intestins comme des dents, drôle de mâchoires.
Les poumons sont des fesses, comme assis sur un accordéon — branle poumon.
Les joues poreuses et ensanglantées.
La vessie cristallisée par les sucres.
Une statue.
Michel-Ange / Giacometti / Marini
Ciment.
Mensonge
Songe (aparté)
Corps correct> suspendu
≠ paillasson > Daniel Tremblay, Raushenberg, Michel-Ange, etc.
Toute cette pourriture qui fait pierre = loess.
Mais bon, je suis prêt à te tuer,
                à supprimer ton existence
                te faire disparaître de la terre.
À quelles conditions = vivre en étant disparu
vivre alors que mort — la paix pour les siècles des siècles
(disons de seconde en seconde > jusqu’à l’éternité.
J’ai beaucoup de pouvoir. Celui de tuer
de me tuer


et c’est considérable
le sang qui coule au dedans comme un meurtre perpétuel
à l’intérieur de moi et de tous les autres
et le silence de ces corps-là
et tout ce qui ne se dit pas
les draps de mon lit ça fait bientôt quatre mois
(Et un cercle de crasse qui correspond au mouvement de mes pieds — et le point fixe de ma tête sur l’oreiller > cette tête qui pense
ces pensées en rafale comme des blocs de marbre qui tapent contre les murs, cassent, débris tranchant dans l’encoignure   —   À l’intérieur le flot de sang, de la bouche jusqu’aux pieds = avaler un litre d’eau et le retrouver dans le pied droit.
(pied percé = fontaine, etc)=pensée.
>ne plus penser < association de pensées
jusqu’à ce que je haïsse le monde
entier } à trop penser.
(Dire que je veux faire l’amour avec le monde entier…
ma pharmacienne / mon boulanger / des gens dont l’obédience politique est fondamentalement opposée à la mienne.

Régis Guigand - Rennes - 20 Mai 2009
Ce qu'on veut créer - Régis Guigand
 

Chaque jour tout est à recommencer.

Je sens le crépuscule ignoble.

La merde qui commence à déborder.
Quelque chose qui dégouline.

Il faudra bien que la révolution se fasse.
Persifle mon voisin à l’heure de l’apéritif.

Des centaines de têtes pliant sous les chenilles des chars.
Passe-moi les cacahuètes.

Et chaque nouveau jour apparaît lavé.
Dès le lever du soleil.
De toutes ces sornettes giclées en labiales, gutturales.
Avec un sens aiguë de la phonétique..

Le soleil pointe son œil.
Et ça recommence à cuire sur nos crânes.

Combien de phrases pensées en vain.
Contre les murs du bistro, chez la boulangère et dans chaque pièce où elles se claquemurent.
Avec ça on cherche une île…

Pas d’autre horizon que le bonheur.

Il n’y a pas de raison.

Cocher des petites cases sur les grilles apprêtées de la loterie nationale.

Ça mange pas de pain.
Et Europe ne crie pas famine.

Du luxe, sous ce soleil méprisable qui nous fait recommencer chaque jour la même journée.
Avec les mêmes phrases à la fin.

Tout ça est salissant.
Mais nous sommes bien équipés question lave-linge.

Chaque jour je m’en vais chier.
Ma révolution ?
J’ai déjà ravalé mon Christ.

Et continuer d’écrire tranquillou.

Il n’y aura plus de mur que j’aurai encore envie d’en abattre.
Pensai-je.
Comme si j’étais le monde.

Je me défais.

Tous ces liquides dont le corps regorge..
Sur lesquels il y a des mots, toujours.

Il marche en silence sous les arbres.
Juste à côté du fleuve dont il n’a que faire.

Et cette révolution couvée dans la seconde.
Qui le chagrine à voir ce fleuve que rien ne déplace.
De son lit.

Il le longe encore en allant voter.

C’est peine perdue de mourir.

L’attaque des sentiments usés par le ciel.
Qui s’est dégagé des nuages lui.

Pouffer de rire.
Un tremblement de nuage.

La crainte dans l’œil du pigeon.
22 personnes ont traversé la route en 7 minutes.
Entre 17h.13 et 17h.20.
Le 20 octobre 2010.
14 personnes dont 6 enfants ont pris le passage pour piéton.
8 personnes dont un enfant n’ont pas pris cette peine.

La révolution est en marche.

Régis Guigand - Rennes - 20 Novembre 2010
Disparition des neiges éternelles - Régis Guigand
 [un écho ici, et ici]

Empoisonnés

de cristal
et de mille
matières précieuses.


Étouffés

de joyaux.
Mots dans la gorge.
Rubis glacé.


Exagérés

toujours plus
toujours rien
quantité d'absolus

amoncellement de fortune
et monstruosité
l'oubli, par dessus les têtes.

Le passé pour longtemps
dans la langue du moment.

Les yeux soudain ouverts.
Et tout s'effondre
les autels
les tribunes
les tréteaux

les richesses en cadavres
la solitude des vies malheureuses
oui, avec tout ça sur les bras
juchés sur un tas de cailloux.

 

Nous sommes
terriblement
nous sommes.

Nous sommes pour l'éternité
et pas de mort.
Mourir n'existe pas.


L'œil calme
et persuadé
mourir nous laisse en vie
ce métal brillant.

Demain
comme si c'était
aujourd'hui.

Toujours

un agacement
une fièvre insatiable

impossible de quitter le point qui est chaque seconde.


Emmurés
par pur plaisir
de ne pas s'y retrouver


descendre au fond du puits du monde

prendre le feu
qui détruit
qui éclaire

au centre de la terre
de l'or !
de l'or !
encore de l'or !
qu'en faire ?
La boue, le mercure
laisser tout ça derrière.

Tout ce qui n'a pas de corps
tout ce qui n'est pas matière
la raison.

Une désolation supplémentaire
accumuler un trésor de guerre.

Nous sommes
morceau par morceau
élément par élément
dans chaque partie
nous sommes.


Nous sommes
une forme distincte.

Cruellement distincte.

Nous sommes,
les pacifistes
les assassins
les misérables
les activistes
les responsables
les rois
les dieux

les empoisonnés
les étouffés
les exagérés

avec cinq doigts à chaque main
et quantité de liquides charriés
trésor fondu
dans les veines.

Nous sommes indélébiles
marquant au front tout ce qui va naître.

Stèles
pierres tombales
et gâchis.


Nous sommes
avec des larmes,
ça nous savons faire

et nous ne voulons pas
ne voulons pas
n'avons jamais voulu.

À croire
qu'il nous faut vouloir
et être.

Les mains noires
toujours propres
les yeux lessivés
comme si de rien n'était.

Prêts à bondir pourtant.
Nous sommes
prêts à mordre.

Goutte
à goutte.

De cristaux
en eaux.

Nous glissons dans le ventre de la terre
dans le cœur de l'océan.

L'œil du soleil
fixe.

De nuage
en nuage
un éclat
de rire.

Nous sommes
rien
et encore capable de le dire.

Régis Guigand - Rennes - 2 Décembre 2010