Disparition des neiges éternelles - Régis Guigand
 [un écho ici, et ici]

Empoisonnés

de cristal
et de mille
matières précieuses.


Étouffés

de joyaux.
Mots dans la gorge.
Rubis glacé.


Exagérés

toujours plus
toujours rien
quantité d'absolus

amoncellement de fortune
et monstruosité
l'oubli, par dessus les têtes.

Le passé pour longtemps
dans la langue du moment.

Les yeux soudain ouverts.
Et tout s'effondre
les autels
les tribunes
les tréteaux

les richesses en cadavres
la solitude des vies malheureuses
oui, avec tout ça sur les bras
juchés sur un tas de cailloux.

 

Nous sommes
terriblement
nous sommes.

Nous sommes pour l'éternité
et pas de mort.
Mourir n'existe pas.


L'œil calme
et persuadé
mourir nous laisse en vie
ce métal brillant.

Demain
comme si c'était
aujourd'hui.

Toujours

un agacement
une fièvre insatiable

impossible de quitter le point qui est chaque seconde.


Emmurés
par pur plaisir
de ne pas s'y retrouver


descendre au fond du puits du monde

prendre le feu
qui détruit
qui éclaire

au centre de la terre
de l'or !
de l'or !
encore de l'or !
qu'en faire ?
La boue, le mercure
laisser tout ça derrière.

Tout ce qui n'a pas de corps
tout ce qui n'est pas matière
la raison.

Une désolation supplémentaire
accumuler un trésor de guerre.

Nous sommes
morceau par morceau
élément par élément
dans chaque partie
nous sommes.


Nous sommes
une forme distincte.

Cruellement distincte.

Nous sommes,
les pacifistes
les assassins
les misérables
les activistes
les responsables
les rois
les dieux

les empoisonnés
les étouffés
les exagérés

avec cinq doigts à chaque main
et quantité de liquides charriés
trésor fondu
dans les veines.

Nous sommes indélébiles
marquant au front tout ce qui va naître.

Stèles
pierres tombales
et gâchis.


Nous sommes
avec des larmes,
ça nous savons faire

et nous ne voulons pas
ne voulons pas
n'avons jamais voulu.

À croire
qu'il nous faut vouloir
et être.

Les mains noires
toujours propres
les yeux lessivés
comme si de rien n'était.

Prêts à bondir pourtant.
Nous sommes
prêts à mordre.

Goutte
à goutte.

De cristaux
en eaux.

Nous glissons dans le ventre de la terre
dans le cœur de l'océan.

L'œil du soleil
fixe.

De nuage
en nuage
un éclat
de rire.

Nous sommes
rien
et encore capable de le dire.

Régis Guigand - Rennes - 2 Décembre 2010