Maintenant le oui - Sylvain Larquier
 

maintenant le oui

j’ai posé ma main
sur la grille du radiateur
dans notre chambre
et c’était chaud
chaude et douce surprise
bien sûr j’ai regardé par la fenêtre
un radiateur chaud
une fenêtre
rien de spécial à voir
on ne sait jamais
le platane qui se défeuille
plus vite que les autres
c’est le premier de la rangée
c’est normal mais
c’est remarquable
les travaux inachevés
sur le boulevard
les autos qui passent
les fenêtres en face
des ombres chinoises
des silhouettes
les clignotis bleuâtres des télés
rien en somme
comme quand on s’ennuie
qu’on attend que ça passe
l’élève au fond de la classe
à coté du radiateur
qui regarde par la fenêtre
la cour
vide
puisqu’on est en cours
et qui se dit
quand la cour est pleine
j’y suis dedans
j’y suis dedans
 
maintenant le oui

la table était la même
la tasse identique
aux autres tasses
de café
en café
de café
en café
cherchant la grâce
grâce générique
qui tue
noue
je vous aime

le soleil était là
tachant d’or les murs
les rideaux fins
aux fenêtres
aux fenêtres
aux fenêtres
il faut naître
n’être à la fin
qu’un sombre murmure
je suis là je suis là

la rue parlait son bruit
refrains agréables
quand on s’éveille
à la vie
à la mort
à la vie
à la mort
la mort qui veille
dessous notre table
quand on rit elle bruit

je regardais mes doigts
caresser la tasse
toucher la table
où j’écris
où je crie
où j’écris
où je crie
des mots de sable
des mots qui se cassent
dés qu’enfin je te vois


 
maintenant le oui

je connaissais parfaitement
le pavement du trottoir
l’écart entre le caniveau
et le garde-fou
de la bouche du métro
le feu de signalisation
le passage clouté
je connaissais parfaitement
le temps
car cet instant était solide
je possède
un morceau de ce temps
je connaissais
le froid
la fatigue
l’ivresse
et bon nombre de mots
inutiles
je connaissais
ta main
parce que je la tenais
mais pas parfaitement
je voulais tant la connaître
j’y mettais tout mon coeur
pour connaître ta main
je connaissais la rue
que nous regardions
qu’on allait traverser
je connaissais la rue
parce que j’aime la rue
j’aime la ville
je connaissais le
je connaissais la
parfaitement
et tu m’as embrassé
et je t’ai embrassée
nous nous sommes embrassés
parfaitement

 
maintenant le oui

mes mains
mes mains sont posées
sur le drap du lit
tout au bout de mes bras
qui reposent
de part et d’autre de mon torse
posé
sur le lit
mon torse lourd
torse de métal
ma tête de plomb
tenue
au-dessus
la douceur
quelle douceur
je sens de la douceur
c’est une caresse
mon pouce caresse
le drap
il est doux
tout doucement
mon pouce lape
la douceur du drap
je me rends compte
maintenant
de la douceur du drap
de la douceur de la peau
de mon pouce
de mes doigts instinctifs
qui tout seuls ont su retrouver
là-bas
au bout de mes bras
une minuscule plage de douceur
suis-je distrait
je rêvais à la douceur de ta peau
un bref instant de volupté
à fleur de peau
le pouce de ma main droite
au bout de mon bras
posée loin là bas
sur mon lit d’hôpital

 
maintenant le oui

dessiner le soleil
pourquoi pas
du bout des doigts
sur ton dos
tout près
tout bas
dessiner le vent
qui tourne autour
de la pointe de tes seins
qui tourne et va
glissant
sur la plaine de ton ventre
dessiner l’océan
qui s’ouvre de tes cuisses
dessiner l’amour
pourquoi pas
te dessiner toujours
avec mes doigts

 
maintenant le oui

hier
je serais tombé
mais le soleil
m’a retenu
je serais tombé
la chute ne s’est pas faite
car le soleil m’a retenu
je suis resté
suspendu
éternellement
suspendu
dans le vertige
car le soleil m’a retenu
dans le vertige
je suis resté
je reste
suspendu
dans le vertige
je plonge
je plonge sans arrêt
mais le soleil m’a retenu
le soleil
tes yeux
ce que tes yeux regardent
 

Sylvain Larquier - Paris - 29 Janvier 2009