Trois fois rien - Pierre Vinclair
 [un ├ęcho ici]

CHACUN DE CES quarante-sept
mausolées peut compter la vie
ancienne ou d'un homme
crispé
écrasé droit dans le secret
ou dans le souvenir d' ailleurs

PAR LA PIERRE me faudra-t-il
en profaner les ombres
une à une&
planter les ongles jusqu'au bout
de quarante-sept fois rien
creuser creuser

DEMELER DANS LA chair de
la terre & les os retenus
la poudre pour prouver
quoi s'il était ce mâle
dont j'ai neuf mois durant porté
le fils & les os

DE CET ADOLESCENT couché
sous terre quand le prêtre dit
que les anciens demeurent
au cielmais
mon enfant

JE L'AI TENU avec des larmes
il y avingt ans
que je porte drapé dedans
la tête alourdie par le deuil
l'écriture inutile alors

QUE RESTE-T-IL au bout de ces
doigts qui aimèrent tant sinon
lacorne
à tracer le contour des morts
sur de la peau épaisse
du lieu à remuer

EUX SACRIFIERENT LEUR vie
pourleur maître
& la pauvre chose qu'il reste
à étirer jusqu'au néant
moi dont ils furent les seigneurs
abandonnée
dans la compagnie muette
des casseroles & gamelles

COMBIEN DE TEMPS ai-je tenu
à regarder les draps danser
& tenu
les larmes cachées dans
des trousla lumière
à espérer

ENTRE LES DOIGTS plissés à peine
de la terre quicoule
serais-je un sablier si vain
qu'il vient compter après
l'écoulement des tours &
remuer la saveur suspecte
des mémoires

APRÈS L'AMOUR ENFOUI
retirée la marée découvert
le monde
est ce désertpeu
à peu plié dans une peau qui fripe
le vêtement trop tôt porté
avec rien

J'AI SU CHANTER tant que j'ai pu
oublier le regard du prêtre
me serrer là
entre deux lèvres retenues
& attendre
mais la voix qui s'échappe
j'ai désiré
la retenir

ALORS LES MOTS commencent
à pleuvoirdes flèches
& trouer la surface
le torchis des maisons défait
je restai là
assise au fond d'un quoi

J'AI APPRIS PEU de choses
mais ma mémoire est bonne
je sais que le visage mort
se tapisse d'un gris
où les divinités se perdent
comme les motifs
un drapuniforme

CHACUN DE CES quarante-sept
mausoléespourtant 
contient le souvenir d'un homme
je viens respirer son odeur
planter mes doigts tordus c'est tout
dessiner une fleur

IMPOSSIBLE JE VIENS 
trouverla paix
de ceux qui me quittèrent hélas
je ne pleure plus
le siècle a fait de moi cet animal
il vient fouler son territoire
& dormir

 

 

Pierre Vinclair - Kyoto - 24 Mars 2010