13. Œdipe, le pauvre n'y est pour rien | Marina Bellafaye & Maxime Actis

 

 

 


Nous réclamons les droits d’une très lente analyse
une formation combinée, faite de pièces et de morceaux
l’insertion du désir dans l’infrastructure

 

 

 

 


Salut Marina,
Je te réponds, j’ai été heureux de lire ton mot.

On a vu des choses très belles aujourd’hui, des choses qui rendent petits dehors mais grands dedans.
Des moments de vie très simple ensemble, c’était agréable et très lent.
La lenteur, j’aime assez.
Je vais répondre décousu.

Salut Maxime,
J’ai extrait des tout petits bouts. Il y a aussi les triangles que Jeanne a coloriés, je les ai accrochés dans la cuisine. La table, elle sert à manger. Elle sert à poser des choses dessus. Des objets.
Des fois aussi les idées. On s’applique à débarrasser la table
des idées précisément.

 

 

 

 


La spirale de l’imitation figurative du visible.
La tuyauterie est bien rangée,
les lignes et les frontières entre des surfaces colorées,
les coudes formés par les tracés sont légèrement arrondis,
les lignes parallèles ne se chevauchent pas,
sont juxtaposées comme canalisées,
les lignes droites ne sont plus en quelque sorte
le plus court chemin d’un point à un autre.

Attention on a mis un sens
interdit au milieu de notre route on n’a qu’à passer quand

même par cette seule action
de l’amour proférer la vie par quelques phrases
entre l’impitoyable autoroute et le gentil chemin forestier

Cours toujours comme un fou 
une personne est essentiellement multiple et des arrêts nets

(une image recouvre le prélèvement)

 

 

 

 


il s’agit de remettre un peu de joie,
on ira très lentement

 

 

 

 


(l’image est incrustée)

 

 

 

 


cette allée jusqu’à la maison le gravier fait du bruit
particulier entre le crissement
et le chuintement sourd d’une masse dense qui s’écarte, les roues
creusent dedans s’enfoncent
un peu le mouvement pas aisé, retrouvent le sol dur
accélération un temps court de reprendre
la vitesse et tracer

 

 

 

 


(des itinéraires)

ici une maison de famille, la photo des aïeux au-dessus de la porte
mais le père est
mais la mère est
mais le père et la mère
mais l’enfant a décidé de


(autrement)

capable enfin de dire et de faire
Quelque chose de simple

Il a simplement cessé d’avoir peur de devenir
fou, la lumière a commencé à se faire
jour dans les fissures

 

 

 

 


Tu as derrière la vitre dit
derrière la vitre (qu’)il pleut. Je me suis assise tu et tu vois, c’est drôle déjà pour voir. Je n’étais pas chez moi, emprunté

la surface avec un stylo

des points et les mêmes trajets souvent je
bégaie l’espace dans l’
espace de répéter l’espace sur la table à force fore
de répéter v qu’il y a des ratures toujours aux mêmes
je reviens des endroits de
l’insatisfaction la surface résiste et puis plus

il ne sert à rien d’y frapper fort,
on doit miner ce mur et le traverser à la lime,

lentement avec patience

des trous,
comme peindre un pot de fleurs sur le rebord d’une fenêtre trompe l’œil
maintenant faire un trou dans le mur
littéralement ma grand-mère cultivait des cyclamens sur ses fenêtres en hiver
j’ai fait un trou dans le mur,

 

 

 

 


et j’aurais aimé être ce peintre, cela m’aurait procuré autant de satisfaction que d’être poète (W. C. Williams)

 

 

 

 


rien n’est abstrait,
une fenêtre au réveil ce matin
la fenêtre littéralement,

On n’est plus dans le triangle
d’autres qui viendront ici dans la maison de famille on oublie la famille passe
de l’eau sous le pont
flue sous le linteau de la porte le regard des grand-parents
punaisés en habit de cérémonie poudre d’argent volatilisée
par endroit viendra travailler à la table
qui veut pas contraint bave ici de désir

 

 

 

 


tu m’as envoyé un fichier qui s’appelait routes

que vois-tu ce matin ou comment par
le prisme des volumes minuscules à la surface
il pleut, la vitre pointilliste enregistre

c’est les traces sur le pare-brise
comme une mouche je m’y accrochais
derrière la vitre - vision granuleuse -

, on est nombreux là-dedans

 

 

 

 


On n’en sort jamais de la fenêtre dans la fenêtre de la fenêtre dans la
et on avait percé le mur, d’abord pour respirer

ferme les yeux pour voir appuyées les paupières des formes
étoilent sur la rétine
Une constellation dans la vue, t’as pris cher !

la fenêtre obstrue le regard et le regard bouche la vue,
Respire !

à mesure que le triangle familial se défait (…) on dirait que les autres triangles surgissant derrière ont quelque chose de flou de diffus en perpétuelle transformation les uns dans les autres,

 

 

 

 


Des phénomènes de bordure prêts à verser d’un côté ou de l’autre
entre crochets : coupures aberrantes (des cadrages)


l’agencement vu ce matin (par la fenêtre) le paysage sous

une formation combinée faite de pièces et de morceaux
sur les chemins sans issue brancher
le désordre des sujets dociles
une très lente analyse
sont à la porte les aïeux dans le viseur
font vibrer tout ensevelis
sous la poudre une très lente analyse
, c’est avec lenteur que nous avançons. Nous n’analyserons pas.
Toujours parler sur et parler sur
des points ensemble font un corps
et la vitre granuleuse
l’eau dégouline dessus
la figure à la surface diffractée des contours dé
composent les éléments dilués un courant
soudain passe
– un peu profond ruisseau –

une image encore obsédante

 

 

 

 


le carreau pète fendu en étoile

 

 

 

 

 

 

 

 

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