Le prince dit - Pierre Vinclair
 [un écho ici, et ici]

I.

 

premier celui qui vint premier, condamné par le temps – d'abord quand

il n'y eut rien – d'abord

un seul à se rejoindre – s'

il n'y eut rien, l'état de longue plaine, des bosselées où s'ouvrent (de

l'ouvert –

je suis un autre nom
l'ouverture est première je

tu auras déroulé mes griffes
pour faire le

) même si je ne venais pas

avant le mouvement les yeux tordant les figurines compressées dans le

sang, un drap rose où se joindre, de tous les n?uds coupés

la lumière dans l'ouvert où

je

oui
où nous sommes nés

ouverts moi dans les bras
dont les jambes cognent les articulations partout
c'est l'intérieur du corps

les os s'élèvent dans la langue et ce qui est, la voix sous cette peau de

l'être, de l'autre côté des tribunes de poussière, tout ce que nous

fourrons dans nos poumons, de l'être, c'était le prince parlant, prince

       la voix qui me parlait

comment je respirais – plein –
car j'étais sous la terre

disait-il, prince était, sous la terre et il m'avait choisi, dans l'oreille, où il

jetait les mots qui montaient, de la terre qui roulait, s'enroulaient

autour des atomes dans de l'air, et moi j'écoutais la parole qui

parlait.

ô premier tôt venu
condamné
sous la terre de l'autre côté

plein de peau
à l'intérieur où se concentrent
les ligaments partout

je suis le prince et je devrais sortir

 

II.

 

alors nous avons brûlé des villages et avons tout brûlé, nous

combattions pour d'autres dieux, un estomac sanglant par le trou

d'une épée m'avait ainsi parlé, nous fouillions dans les corps lorsque

j'ai entendu le prince par ce trou, qui encore

je suis l'être
à l'intérieur de l'être
je suis le soi cogné
dans le tout

dans le jus plein de l'être

il dit, j'ai creusé dans les trous pour entendre, j'ai brûlé des agneaux, j'ai

crié, pour entendre le maître – mais le trou s'est ouvert et la voix

disparut, le corps tomba par terre et depuis ce jour là je cherche les

trous d'hommes pour entendre la voix du maître, je fais couler du

sang pour retrouver le prince qui chantait

l'harmonie qui passait

dans mes cordes je la sentais, je cherchais ce qui se montrait dans ce cri

avec les mots pourris
dans une bouche de cent ans

l'articuler à moi, aussi si seul un prince créé le monde par le verbe les

machines par le chant, mouillé la colère et la joie, mais tenus dans

les boucles manuscrites des graffitis sans épaisseur

des illettrés, s'ils valent
ce cri donc

des langues rongées par la mort, le son
illimité s'il ne travaille pas,

s'ils n'offrent pas leur corps à la ponctuation
au silence,
s'ils le refusent au négatif

 

III.


derrière moi il n'y aura plus rien, tous les soldats de marbre rejoindront

le bitume – même les vôtres

(nous manquons de pavés
mais je peux

dire enfin, m’agiter dans la voix qui me tient, immobile et pareille aux 

premières chansons –

de quels princes
pour quel monde –

s'il n’y a plus de monde ?) leurs chansons ont déjà trop fleuri à nos

bouches mal lavées, du sang, de la pensée peut-être

 

IV.


et combien

nous faudra-t-il de balles pour couper
des phrases dans le bruit du peuple

Pierre Vinclair - Shanghai - 5 février 2012