Ce qu'on veut créer - Régis Guigand
 

Chaque jour tout est à recommencer.

Je sens le crépuscule ignoble.

La merde qui commence à déborder.
Quelque chose qui dégouline.

Il faudra bien que la révolution se fasse.
Persifle mon voisin à l’heure de l’apéritif.

Des centaines de têtes pliant sous les chenilles des chars.
Passe-moi les cacahuètes.

Et chaque nouveau jour apparaît lavé.
Dès le lever du soleil.
De toutes ces sornettes giclées en labiales, gutturales.
Avec un sens aiguë de la phonétique..

Le soleil pointe son œil.
Et ça recommence à cuire sur nos crânes.

Combien de phrases pensées en vain.
Contre les murs du bistro, chez la boulangère et dans chaque pièce où elles se claquemurent.
Avec ça on cherche une île…

Pas d’autre horizon que le bonheur.

Il n’y a pas de raison.

Cocher des petites cases sur les grilles apprêtées de la loterie nationale.

Ça mange pas de pain.
Et Europe ne crie pas famine.

Du luxe, sous ce soleil méprisable qui nous fait recommencer chaque jour la même journée.
Avec les mêmes phrases à la fin.

Tout ça est salissant.
Mais nous sommes bien équipés question lave-linge.

Chaque jour je m’en vais chier.
Ma révolution ?
J’ai déjà ravalé mon Christ.

Et continuer d’écrire tranquillou.

Il n’y aura plus de mur que j’aurai encore envie d’en abattre.
Pensai-je.
Comme si j’étais le monde.

Je me défais.

Tous ces liquides dont le corps regorge..
Sur lesquels il y a des mots, toujours.

Il marche en silence sous les arbres.
Juste à côté du fleuve dont il n’a que faire.

Et cette révolution couvée dans la seconde.
Qui le chagrine à voir ce fleuve que rien ne déplace.
De son lit.

Il le longe encore en allant voter.

C’est peine perdue de mourir.

L’attaque des sentiments usés par le ciel.
Qui s’est dégagé des nuages lui.

Pouffer de rire.
Un tremblement de nuage.

La crainte dans l’œil du pigeon.
22 personnes ont traversé la route en 7 minutes.
Entre 17h.13 et 17h.20.
Le 20 octobre 2010.
14 personnes dont 6 enfants ont pris le passage pour piéton.
8 personnes dont un enfant n’ont pas pris cette peine.

La révolution est en marche.

Régis Guigand - Rennes - 20 Novembre 2010