La faille - Lucie Taïeb
 

j’aimerais pouvoir te dire que je n’entends que toi, que ta voix a occupé tout l’espace possible, qu’elle s’est rendue maîtresse de mon esprit, mais son chant n’a pas tenu : je n’entends plus ta voix, je ne me remémore même pas ta silhouette, je ne sais pas à quoi tu ressembles, ni si tu es seule ou seul ou deux ou plus encore, ta brève apparition me permet juste d’affirmer que tu existes ; elle a laissé, aussi, une autre forme de souvenir : j’entends derrière ta voix, je vois derrière ton ombre, une brèche dans le mur du fond, une blessure si profonde que je voudrais tendre ma main pour la panser, la recouvrir de mes lèvres et de mon corps entier pour la guérir, je n’ai pas ce pouvoir, j’entends la faille et tout me manque, je ne suis pas un remède ; je m’y abîme et m’en éloigne.

quand viendra notre heure, c’est mon poing tout entier qui, de la violence immense des impuissants, s’engouffrera dans la brèche, 

j’engagerai mon corps dans vos plaines

Lucie Taïeb - Paris - 2 Septembre 2010